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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 16:33
Travailler avec les blessures et les défis physiques en Yantra Yoga.

"Travailler avec les blessures et les défis physiques en Yantra Yoga."

Traduction de “Working with Injuries and Physical Challenges in Yantra Yoga” (article de Emmanuel Jouan paru dans le Mirror International Newspaper, Dzogchen Community)

Emmanuel Jouan

Après avoir travaillé dans la finance et le Business IT à Londres plusieurs années, Emmanuel rencontra Rinpoché en 2000 au Cap – Afrique du Sud, ce qui changea sa vie. Après cela, il voyagea quelques années en suivant Rinpoché aux Amériques, et revint en Europe, se fixant près de Merigar Ouest en Italie. Il participe aux sessions pratiques de Yantra Yoga à Merigar et collabore également avec la Communauté Dzogchen International.

 

« Beaucoup de gens avec des blessures et des défis physiques les utilisent comme excuse pour ne pas faire de yantra yoga. Mon idée était d’adresser ce sujet au Mirror parce que j’avais moi-même eu beaucoup de problèmes physiques en termes de défis physiques. En 1992, quand j’avais vingt ans, j’eus un grave accident de ski et déchirai mes ligaments. A cette époque les procédures n’étaient pas non intrusives comme elles le sont aujourd’hui, et l’opération et ma convalescence furent sans succès. Durant sept années, suite à l’opération, je vécus dans une douleur constante. Avant l’accident, je faisais surtout de la planche à voile, mais tout cela stoppa immédiatement, et  j’abandonnai toutes activités physiques d’un coup.

 

En 1998, j’eus une deuxième opération, et dans le fond, ils enlevèrent tout ce qu’ils avaient mis dans la première, et mirent des ligaments organiques, pas artificiels comme ils l’avaient fait dans la première opération. Cela marcha très bien, et trois jours après la deuxième opération je n’eus plus de douleur et me sentis mieux que durant toutes ces sept années après la première opération.

 

               Je recommençai à surfer – j’avais déménagé en Afrique du Sud, c’est là-bas que j’allai rencontrer Rinpoché – et repris le surf là-bas juste après ma deuxième opération. Je recommençai alors à m’activer, nageais beaucoup, mais… toujours pas de yoga. C’est alors qu’en 2000, j’ai rencontré Rinpoché au Cap, et je vis Fabio Andrico faire une démonstration des huit mouvements. Je me sentis immédiatement attiré par ça et j’ai commencé à les faire, très prudemment car j’étais un peu craintif vis-à-vis de mon genou et de toutes ces contorsions, qui plus est je n’avais alors pas du tout d’expérience avec le yoga.

 

               Un mois plus tard, je partis pour l’Argentine pour suivre un cours avec Fabio : comme j’étais un total débutant, j’avais  demandé si je pouvais y assister, et il avait dit que ce serait bien si je pouvais venir. A partir de ce moment-là je me mis à faire beaucoup de yantra yoga, et mon genou, étonnamment, ne me posa aucun problème. J’en fis vraiment le plus possible, à tous les cours auxquels je pouvais assister, pour approfondir ma pratique et ma compréhension du yantra, et je ressentis une grande synergie avec le yantra. Du point de vue physique je sentais qu’il n’y avait aucun problème, jusqu’à ce que des accidents surgissent sur mon chemin.

 

Dans un accident de skateboard à Paris, après la deuxième opération au genou mais avant d’apprendre le yoga, je fus blessé à l’épaule. J’ai toujours cette blessure mais j’ai encore eu d’autres accidents semblables. Par exemple, à Margarita, alors que je cueillais des mangues pour Rinpoché, je me suis foulé la cheville en exécutant un saut, et je fus mis à pied pour un mois. Ce furent mes débuts au sein de la Communauté et je ne pus faire de yantra pendant un mois… j’ai pensé que c’était la fin de tout. Cependant, je voulais toujours faire du yantra, donc j’ai commencé doucement, et je remarquai que si j’écoutais ce que mon corps me disait, ce qui était douloureux et ce qui était OK, sans trop perdre le mouvement, je pouvais toujours faire quelque chose et me sentir mieux après.

 

Au cours de ma vie je me suis souvent blessé moi-même, mais j’ai toujours utilisé cette sorte d’approche, de ne pas essayer et de me permettre l’excuse d’avoir trop de douleurs pour ne pas faire de yantra, pour peut-être en faire moins ou plus en douceur, parfois en ne pratiquant pas du tout pour ne rien forcer, mais en laissant toujours aller le corps. J’ai compris que cela m’avait toujours aidé. L’effet bénéfique de la deuxième opération dura treize ans. Il y a deux ans, j’ai dû subir une troisième opération, puisqu’ils avaient enlevé mon ménisque au cours de la deuxième opération et qu’il n’y avait donc pas d’espace tampon pour les os et que mes douleurs étaient par conséquent très fortes. J’ai subi ma troisième opération, et désormais, après deux ans, je n’ai quasiment plus aucune douleur. Je fais du yantra depuis maintenant quinze ans et ce n’est seulement que ces derniers mois que j’ai été capable de revenir à ma routine habituelle.

 

L’idée que les gens ont, « Oh, j’ai ceci et j’ai cette douleur, je ne veux pas faire ça, même le yantra est trop difficile et les gens se blessent quand ils en font », est vraie dans n’importe quelle autre activité, car si les gens ne font pas attention et qu’à la base ils forcent trop, alors des blessures peuvent survenir. Fabio et Laura disent toujours « ne forcez pas ! », donc j’ai écouté ce conseil comme je devais le faire après toutes ces blessures que j’avais eues, et désormais ma manière de faire du yantra est quelque peu différente de la routine ordinaire. J’ai dû adapter certains mouvements et construire ma pratique autour de mon problème au genou, l’adaptant afin de pouvoir faire le mouvement, et conservant en tête la raison de ce mouvement. Ainsi je connais mes limites et fais les mouvements en conséquence. Maintenant j’adapte le mouvement sans qu’il en perde son sens et je peux toujours faire quelque chose.

 

Ce qui pour moi était bien est que j’avais une compréhension du yantra depuis très longtemps avant que des problèmes physiques ne viennent entraver ma pratique, et j’ai toujours recours à cette expérience et l’utilise pour ma pratique. Donc, si je ne peux pas faire quelque chose, je connais l’effet désiré de ce mouvement et pense au moyen de l’adapter à ma condition.

 

De toute façon, si des gens n’ont pas l’expérience du yantra et viennent avec une condition bloquée, avec des obstacles physiques pour effectuer une pratique de yantra, cela peut constituer un défi. Si ces gens sont bien conseillés, je pense qu’il est toujours possible de construire une base pour comprendre ce que sont les principes du yantra, comment cela peut nous aider dans notre pratique et comment cela peut être utile pour toutes autres choses, comme le dit toujours Rinpoché, par exemple quand nous faisons certaines pratiques de tsalung, etc.

 

Ce que nous essayons d’accomplir par le yantra peut être accompli par beaucoup d’autres moyens. Toutes ces postures que nous apprenons dans le yantra, les postures ouvertes, les postures fermées, les postures dirigées, il n’y a pas qu’une seule manière de les effectuer, il y a toutes sortes de manières. Ce que nous enseignent Fabio et Laura et ce que nous enseignons est que quand nous faisons une session de pratique, nous devons observer ce qui travaille en nous. Alors, bien sûr, s’il y a des mouvements que vous ne pouvez pas faire, il y a d’autres mouvements qui sont plus simples mais qui réalisent quand-même l’objectif. C’est là que recevoir les bons conseils est utile. Pour moi, par exemple, je construis ma pratique en mélangeant les groupes. Pour faire cinq yantras, je prends des yantras de différents groupes en conservant la séquence des postures, et parfois quelques-unes des variations sont plus faciles pour moi que les mouvements de base. Il y a de nombreuses manières d’effectuer ces mouvements et je peux en trouver une qui marche sur moi.

 

Bien sûr, comme dans le cas de blessures, il pourra y avoir certaines limites dues à l’âge et certains mouvements pourront être plus difficiles, mais on peut adapter et modifier les mouvements de yantra yoga en fonction des limites dues à des blessures ou à quoi que ce soit d’autres, donc cela peut être une pratique satisfaisante et efficace pour les personnes âgées. De même, une fois que vous avez une meilleure compréhension des principes et buts du yantra, vous pouvez peut-être vous focaliser un peu plus sur les pranayamas. Ceux-ci ne requièrent pas une posture très difficile, et certains peuvent même être effectués  assis sur une chaise, et vous pouvez vous focaliser sur le kumbhaka qui est partie intégrante, sinon le principal but, du yantra yoga.

 

Il y a des mouvements qui peuvent être particulièrement difficiles pour les personnes âgées, comme s’asseoir avec les jambes croisées au sol, et par exemple passer de la position debout à la position en jambes croisées au sol, en coordonnant les mouvements avec rythme. Par exemple si vous ne parvenez pas à aller au sol en deux temps, vous pouvez mettre un peu plus longtemps, en adaptant votre respiration, prenant un peu de temps pour ajuster votre position, en utilisant un coussin, etc. C’est Ok, ce n’est pas un blasphème. J’ai le sentiment que c’est plus important de faire du yantra que de ne pas en faire, mais être prudent et doux est très important.

 

Pour moi, le yantra a été la pratique par laquelle je me suis reconnecté à la transmission de Rinpoché. C’est ma connexion la plus intime et je pense que chacun d’entre nous peut avoir une connexion particulière avec un des aspects de l’enseignement, pour moi cela a été le yantra yoga, depuis le début. C’est peut-être pourquoi j’ai une telle motivation. Ce fut l’espace où j’ai pu trouver – au milieu de la journée, au cours de toutes mes activités, pris dans les mouvements de la vie quotidienne – le moyen de me reconnecter.

 

Cela a un effet considérablement calmant sur les aspects trépidants de la vie, ce qui à mon sens est le plus important. Je travaille avec des ordinateurs dans une position statique durant plusieurs heures dans la journée et le yantra est pour le corps une respiration d’air frais, juste en bougeant et en respirant dans le même temps. Il y a cette connexion entre les trois aspects de la voix, du corps et de l’esprit, qui ne sont pas seulement trois mondes mis ensemble. Le yantra est un jeu très puissant d’exercices et le corps se libère et s’assouplit rapidement.

 

De par ma condition, c’est une sorte de défi d’être instructeur, mais je veux essayer encore. D'un côté j’ai le diplôme et j’aime enseigner, mais je sens qu’il y a beaucoup de choses que je fais de la mauvaise manière. Maintenant, je veux recommencer et en faire davantage, mais avec une certaine cohérence, et dire aux gens d’être prudents, et je veux prêter attention aux gens qui ne sont pas très souples et qui ont des problèmes. Je voudrais m’occuper vraiment d’eux, les éduquer véritablement de manière à ce qu’ils se sentent en sécurité, assurés et à l’aise quand ils font du yantra.

 

Le yantra est clairement difficile, mais difficile ne veut pas dire impossible, et le yantra a aussi l’avantage d’être un système très complet et très varié ; il y a 108 mouvements, c’est beaucoup. Et bien sûr, si quelqu'un qui a des limites physiques assistent à un cours où tout est présenté, il se sentira écrasé. Le premier impact sera « mon corps est ma limite et je ne peux rien faire ». Je voudrais travailler avec ce genre de personnes et leur montrer qu’il y a quelque chose pour eux dans le yantra, qu’il est possible d’obtenir les bénéfices du yantra même avec une condition limitée.

 

C’est peut-être la responsabilité des instructeurs envers les membres de la communauté  et également envers les nouvelles personnes. Quand j’ai commencé, je n’avais pas d’expérience avec le yantra, même pas avec le yoga, et mon corps n’était pas souple. Mais avec de la motivation j’ai pu  faire tout cela. Et Fabio m’a aidé à avoir cette motivation. Donc s’il y a la motivation, même s’il y a des obstacles, c’est possible de faire cela. Donner un espace à ces gens qui ont perdu confiance en leur habileté à faire des exercices physiques, et en particulier à faire du yantra, je pense que cela représente un challenge pour les instructeurs de yantra.

 

J’aimerais mentionner une dernière chose, de mon expérience, c’est la manière dont les gens approfondissent la pratique du yantra. La motivation est importante, la régularité est importante, mais combiner le fait d’avoir des problèmes et le fait d’être régulièrement suivi par quelqu’un n’est pas si facile. C’est peut-être une question à laquelle nous avons besoin de penser pour la résoudre. J’ai eu la chance, quand j’ai commencé à faire du yantra, de consacrer deux ou trois années à tous les cours et supervisions à travers l’Europe, et avoir cette base m’a beaucoup aidé. Je ne dis pas que c’est nécessaire pour tout le monde, mais si quelqu’un a un défi physique, l’obstacle devient facilement écrasant. Le soutien est quelque chose de très important, avoir l’entourage d’autres pratiquants est une aide, c’est une sorte de poussée qui permet de garder la motivation et l’activité à un certain niveau.

 

La plupart des instructeurs de yantra yoga ont eu à relever des défis à un point ou un autre de leur pratique, mais évoluer au sein d’un groupe d’instructeurs est d’une grande aide, cela permet de partager ces épreuves. Nous avons la chance d’avoir cet appui, mais pour les gens qui sont isolés, ce n’est pas si facile.

 

J’espère que cette histoire fera résonnance pour les autres pratiquants, et pourra les aider à intégrer le yantra yoga dans leur pratique quotidienne.  Si quelqu’un a besoin d’un conseil, je suis toujours disponible. »

e_jouan@yahoo.co.uk

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Published by yantra yoga france - dans ARTICLES DE FOND

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Le Yantra Yoga ou Yoga du mouvement
est un Yoga Tibétain.

Il équilibre le corps, l'énergie et l'esprit.

Les postures et mouvements du corps servent à coordonner et harmoniser notre énergie. Une fois l'équilibre de ces deux niveaux obtenu, il en découle une action effective sur l'esprit.

Chögyal Namkhaï Norbu a commencé à transmettre ce Yoga dans le début des années 70 en Italie. Il l'a lui même reçu de son oncle et de différents maîtres au Tibet.

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